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LE POUVOIR DE MARIE

De Notre-Dame du Grand Pouvoir à Notre-Dame du Sacré-Cœur

 

par Jean-François REILLE

 

Origines de la dévotion à Notre-Dame du Grand Pouvoir.

Bourges, Issoudun et Châteauroux, les principales villes du Berry, virent au XVIIème siècle l'installation d'un certain nombre de congrégations religieuses. Pour Issoudun, on peut citer les Capucins vers 1612, les Minimes en 1615, les Ursulines en 1630, les Visitandines en 1643.
A Châteauroux, le jour de l'Assomption de l'année 1641, fut installé le couvent des Filles de Notre-Dame, de l'Ordre de Saint Augustin. L'évêque de Laon, Mgr de Brichanteau, par ailleurs seigneur de la terre de Meillant (Cher) dont on peut toujours voir le magnifique château (1), présidait à cette installation. Il avait détaché de leur couvent de Laon quatre sœurs pour créer cette nouvelle communauté dans le diocèse dont il était originaire. (2) L'abbé Louis Damourette, qui a écrit à la fin du XIXème siècle un long article (3) sur Notre-Dame du Grand Pouvoir, raconte :
« Le couvent avait à peine quelques années d'existence, lorsqu'un étranger se présenta au parloir demandant de l'ouvrage. (…) La prudence de la Mère supérieure voulait l'éconduire sans bruit, mais plus on faisait d'efforts pour se débarrasser d'un malencontreux importun, plus il faisait d'instances pour obtenir la commande d'un ouvrage quelconque. De guerre lasse, on lui apporta un tronc d'arbre informe. Ô prodige ! ô merveille ! Le prétendu ouvrier le regarde et disparaît subitement, laissant à la place du tronc d'arbre une statue représentant l'auguste Mère de Dieu, portant une couronne sur la tête, un sceptre en main et son divin Fils sur un de ses bras. L'Enfant est couronné comme sa Mère ; l'un et l'autre portent donc les insignes de la royauté, mais il semble que l'Enfant désigne par un geste sa Mère comme étant investie de l'autorité souveraine, et par le même geste, Il inviterait les fidèles à s'adresser à elle. »
Ayant interprété ce qu'elles voyaient, les Filles de Notre-Dame donnèrent à Marie le titre de Notre-Dame du Grand Pouvoir. Elles installèrent la statue dans la chapelle, comme un présent du Ciel à la terre. Ainsi placée sous la protection de Marie, la communauté prospéra longtemps. Au 1er janvier 1769, elle était composée de 73 religieuses, 52 pensionnaires, 3 demi-pensionnaires, un tourier, un jardinier, un moulinier, un servant de messe.
Quand survint la Révolution, les Filles de Notre-Dame étaient installées dans les vastes locaux construits pour elles à partir de 1745. Le nouveau Régime dissocia l'Indre du diocèse de Bourges et créa l'évêché de Châteauroux. Son évêque, René Héraudin, le seul que l'Indre eût jamais, s'efforça de convaincre les sœurs de rejoindre la religion officielle. Celles-ci s'y étant refusées, elles durent quitter les lieux, emmenant avec elles la statue de Notre-Dame du Grand Pouvoir. La modeste maison où on la déposa devint un sanctuaire : on y venait pour prier, on dit que des messes y furent célébrées en secret.
Le couvent était converti en prison où se retrouvèrent internés nombre de prêtres et de religieuses. L'abbé Damourette ajoute que la statue fut confiée plus tard à l'abbé Lamy, vicaire de la paroisse Saint-André, qui la légua à un prêtre désireux de voir Notre-Dame du Grand-Pouvoir protéger la ville de Châteauroux et la congrégation des Ursulines où cette dévotion avait été accueillie.
Les bâtiments du couvent devinrent école centrale sous la Révolution, puis école secondaire en 1802, collège communal en 1810, lycée impérial en 1853, lequel devint le lycée Jean Giraudoux en 1946. Il fut transformé en hôpital pendant la guerre de 1914-1918.

 

Les Ursulines d'Issoudun et Notre-Dame du Grand-Pouvoir.

Issoudun avait eu dès le Xème siècle son abbaye Notre-Dame ; installée d'abord dans le faubourg Saint-Martin, elle avait rejoint la partie de la ville dite « le château », la mieux fortifiée, où se trouvait le siège de la seigneurie. Ayant connu des siècles de prospérité – et la tenue d'un concile des évêques de France en 1081 -, elle avait périclité au XVIIIème siècle jusqu'à sa dissolution en 1780.
En 1630, quatre religieuses ursulines venant du couvent cloîtré d'Orléans vinrent s'installer à Issoudun. Cette congrégation de la règle de Saint Augustin, spécialisée dans l'éducation des jeunes filles, réussit si parfaitement qu'on vit bientôt quarante religieuses installées dans de vastes bâtiments à trois étages construits sur les bords de la Théols, dans la ville basse. En 1651, la prieure du couvent était Marie de La Châtre. Cette année-là, un incendie détruisit une grande partie de la ville d'Issoudun et le couvent fut sauvé comme par miracle. Le jeune roi Louis XIV, alors en voyage à Bourges, vint avec sa mère pour soutenir les habitants dans leur épreuve et accorder quelques exemptions.
Parmi les sœurs ursulines se trouvait Anne-Madeleine Bonnet, en religion Sœur Saint Pierre, qui avait une très grande dévotion pour la Sainte Vierge. Chaque jour elle lui faisait, dans la chapelle du couvent, au moins trois visites : la première pour la prier d'obtenir du Cœur miséricordieux de Jésus la conversion des pécheurs, des hérétiques et des infidèles ; dans la seconde, elle demandait l'accroissement du pur amour dans l'âme des justes ; dans la troisième, prosternée la face contre terre, elle plaidait chaudement la cause de ceux qui souffraient en Purgatoire.

Notre-Dame du Grand Pouvoir
Dessin extrait de l'Histoire religieuse d'Issoudun, par le Père Chevalier

Ce fut sans doute pendant l'une de ces contemplations qu'il lui vint la pensée de faire honorer au couvent d'Issoudun, comme à celui des Filles de Notre-Dame de Châteauroux, la Sainte Vierge sous le titre de Notre-Dame du Grand Pouvoir. Elle communiqua son dessein aux autres sœurs et leur proposa de faire sculpter une statue qui porterait ce vocable. Elle demanda plus encore : que Notre-Dame soit considérée comme la supérieure de la maison. Les religieuses s'associèrent de grand cœur aux pieux désirs de Sœur Saint Pierre. Elles décidèrent de construire un oratoire à l'intérieur du cloître où serait placée la statue de Notre-Dame du Grand Pouvoir.
Le samedi 25 février 1673 fut un jour de grande joie pour le couvent des Ursulines d'Issoudun. A la fin de la messe chantée avec une grande solennité, devant une foule nombreuse, la statue de Notre-Dame du Grand Pouvoir fut portée à l'entrée du cloître par deux vénérables prêtres revêtus de leurs habits sacerdotaux. La communauté la plaça sur un brancard richement décoré en chantant les trois derniers psaumes du Psautier de Marie. Quand la statue fut placée dans la chapelle, la prieure déposa aux pieds de l'image de Marie les clefs et les sceaux de la maison, puis la règle et les constitutions de l'Ordre. Elle supplia la Reine des Saints, en son nom et au nom de toutes les sœurs d'agréer le don qu'elles lui faisaient de leurs cœurs, de leurs corps et de tout le monastère. Pendant que chacune des religieuses prononçait la formule de son serment de fidélité, le chœur chantait avec accompagnement d'instruments de musique, l'hymne de saint Bonaventure qui commence par ces mots : Te, Mariam, laudamus.
A chaque élection d'une nouvelle Supérieure, et chaque année le 25 février, on renouvelait la consécration avec le même cérémonial. Ces usages ont subsisté jusqu'au jour de 1792 où les Ursulines furent expulsées de leur couvent ; bientôt s'y installa le Club des Jacobins d'Issoudun. L'Abbé Damourette ajoute qu'il chercha en vain les vestiges de la grande église du couvent et du petit sanctuaire de Notre-Dame du Grand-Pouvoir : il n'en trouva plus une seule pierre. Situé dans la rue Basse (de nos jours rue du 4 Août), le couvent était devenu la caserne d'un bataillon du 68ème Régiment d'Infanterie de Ligne. Il abrita ensuite l'usine de montres Lip et il est maintenant la maison des Associations. Lorsque nous fréquentions la chorale du Conservatoire, nous y apprenions le Gloria de Vivaldi, l'Ave Verum de Mozart, le Cantique de Jean Racine (Fauré), bien modestes rappels des temps anciens.



Le couvent des Ursulines devenu caserne (en haut)
puis maison des associations (en bas)
Le culte envers Notre-Dame du Grand Pouvoir s'étendit au-delà de Châteauroux et d'Issoudun. Les Ursulines de Périgueux, en relation avec celles d'Issoudun, voulurent les imiter et firent sculpter une statue semblable à celle de Châteauroux, à cette différence près que l'Enfant Jésus était placé sur le bras droit de Marie et non sur le bras gauche. Leur couvent fut rétabli en 1817. Après quelques recherches, on retrouva la statue et on la plaça dans l'église du couvent. En 1874, un prêtre eut l'inspiration de fonder avec les Ursulines une œuvre pour le soulagement et la délivrance des âmes du Purgatoire et la sanctification des vivants. Cette œuvre compta rapidement deux cent mille adhérents. Et le 9 juin 1892, ce fut le couronnement de la statue de Notre-Dame du Grand Pouvoir, dans la chapelle de Sainte Ursule du Sacré-Cœur. (4)
La dévotion à Notre-Dame du Grand Pouvoir existait dans d'autres couvents des Ursulines, notamment à Bordeaux et au Magny-en-Vexin (Val d'Oise).

Revenons à Issoudun : l'Abbé Damourette, écrivant en 1887, concluait ainsi : « Est-ce donc que la ville d'Issoudun a mérité un châtiment exemplaire ? Non, la Sainte Vierge, malgré ces méfaits, a encore pour elle un regard de tendresse et d'amour. Elle lui a envoyé des prêtres grands zélateurs de son culte, et, depuis l'année 1854, de précieuses semences ont été jetées dans cette population, et le culte de Notre-Dame du Sacré-Cœur de Jésus y a prit naissance. Le sol d'Issoudun est toujours une terre féconde. Notre-Dame du Grand-Pouvoir a obtenu de la tendresse du Cœur de Jésus qu'Issoudun devienne le centre d'une dévotion qui attire les foules des contrées les plus éloignées. Il est vrai qu'aujourd'hui la basilique où Marie était si vénérée est sous les scellés, mais Notre-Dame du Grand Pouvoir plane toujours sur cette ville, et, tôt ou tard, elle donnera des marques éclatantes de sa toute-puissance. Prions et attendons avec confiance les moments marqués par la divine Providence, et nous verrons renaître les jours de gloire du culte de Notre-Dame du Sacré-Cœur dans sa basilique de prédilection, et revivre l'ancienne dévotion à Notre-Dame du Grand-Pouvoir. »

 

Origines de la dévotion à Notre-Dame du Sacré-Cœur.

En 1854, deux prêtres, les abbés Jules Chevalier et Emile Maugenest, vicaires à la paroisse Saint-Cyr d'Issoudun, avaient grand désir de fonder une association consacrée au Sacré-Cœur, dont la mission consisterait à évangéliser la paroisse et le diocèse. A l'issue d'une neuvaine qui se terminait le 8 décembre 1854, jour choisi par le Pape Pie IX pour la proclamation de l'Immaculée Conception de la Vierge Marie, ils reçurent le signe qu'ils attendaient pour se décider. Celui-ci consistait en un don important d'une personne inconnue qui leur permit d'acquérir un vieux bâtiment bientôt transformé en chapelle, près de l'endroit où allait s'élever la basilique.
Dès 1855, l'Abbé Chevalier eut l'intuition d'invoquer Marie sous le nom de Notre-Dame du Sacré-Cœur, mais il attendit 1859 (5) pour en parler à ses confrères. Par ce vocable, le Père Chevalier proposait de « reconnaître et glorifier le merveilleux pouvoir que Jésus a donné à Marie sur son Cœur adorable, et tout l'amour de Marie pour le Sacré-Cœur de Jésus ». (6)
Cette dévotion s'étendit très rapidement en France et même en dehors des frontières. La construction de la basilique se déroula de 1859 à 1864.
Nous voici arrivés à une époque où la dévotion à Notre-Dame du Sacré-Cœur a pris son essor et a déjà connu des jours glorieux. Mais pourquoi l'Abbé Damourette écrivait-il en 1887 que la basilique était sous scellés ? C'est parce que, à partir de 1880, les persécutions ont commencé avec les fermetures d'églises et l'interdiction de certaines Congrégations, une période difficile dont le paroxysme fut la loi de séparation des Eglises et de l'Etat appliquée sans nuances. En 1880, les missionnaires durent s'exiler aux Pays-Bas tandis que le Père Chevalier restait à Issoudun comme curé de la paroisse Saint-Cyr. Au mois d'octobre 1901, la basilique fut confisquée avec tout ce qu'elle contenait. Puis le Père Chevalier fut expulsé de son presbytère le 21 janvier 1907, la basilique mise aux enchères trois mois après. Il faut lire les pages du Père Piperon, l'adjoint du Père, pour entrevoir quelles souffrances accompagnèrent la mise en œuvre de cette loi, et s'étonner que certains hommes d'Eglise semblent de nos jours s'accommoder fort bien de ce qui se passa alors. Mais la Providence se présenta sous les traits du Vicomte de Bonneval qui racheta les bâtiments pour les sauvegarder et les restituer aux missionnaires le moment venu.
Entre temps, l'œuvre de Notre-Dame du Sacré-Cœur s'était implantée à Paris, à Marseille, en Suisse, en Espagne, à Rome (église Saint-Jacques des Espagnols), en Belgique, en Angleterre, en Allemagne, en Autriche, en Amérique du Nord.
A partir de 1881 commencèrent les Missions dans les contrées lointaines, tout d'abord en Papouasie-Nouvelle Guinée, puis en Micronésie, aux îles Gilbert, en Australie, etc… Les Filles de Notre-Dame du Sacré-Cœur, dont la Congrégation a été créée en 1874, participèrent à ces Missions. En 1899, une nouvelle Congrégation vit le jour pour satisfaire aux Missions dans les territoires gouvernés par les Allemands, celle des Sœurs Missionnaires du Sacré-Cœur. (7)

Le pouvoir de Notre-Dame du Sacré-Cœur.

Venons-en maintenant au pouvoir de Marie et à ce qui a motivé le titre de cet article.
Récemment, les personnes de passage dans la basilique pouvaient emporter un feuillet dont le titre m'avait interpellé. En voici le texte in extenso :

Notre-Dame a-t-elle un pouvoir ?

« Nous nous plaisons à voir une manifestation du « pouvoir » de la prière de Marie sur le Cœur de son Fils dans son intervention près de lui aux noces de Cana : « ils n'ont plus de vin » (Jean 2,1-12). Et nous savons depuis toujours que Marie ne cesse de redire à Jésus : « Ils n'ont plus de santé… plus de travail… plus d'espérance ». Nos anciens se plaisaient à dire (et nous le redisons parfois) : « Notre-Dame du Sacré-Cœur est l'espérance des désespérés ». Le Concile préfère dire que « Marie est un signe d'espérance pour nous », parce qu'elle est désormais dans la gloire, près de son Fils, pour avoir été aimée de Dieu et pour l'avoir tant aimé "en retour". Car nous savons que le "pouvoir" de Marie est un pouvoir "maternel", et que c'est Jésus qui le lui reconnaît finalement.
Nous savons qu'il n'y a "pouvoir" dans la prière de la "Servante" du Seigneur que parce que sa prière s'unit et fait écho à la prière même de Jésus ressuscité, « toujours vivant pour intercéder en notre faveur », comme dit l'Ecriture, (Hébreux 7,25). La prière de Marie ne peut donc pas "changer" le Cœur de Dieu, ni l'influencer, car elle ne peut être que conforme à la prière de Jésus. Ce que la prière de Marie peut aider à changer, c'est notre propre cœur ! Afin qu'il se modèle peu à peu sur ce que Dieu notre Père attend de nous, sur « la volonté de Dieu », comme nous disons.
Encore faut-il bien comprendre ce qu'est « la volonté de Dieu » ! Car il n'en a qu'une, qui est de nous aimer, et de faire de nous ses enfants, vivant vraiment de son amour et de sa vie : comme disait Jésus lui-même : « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique afin que, par lui, le monde soit sauvé » (en St Jean 3,16-17). Et St Paul de commenter : « la prière que Dieu peut accepter, c'est celle qui demande que nous vivions en hommes religieux, car Dieu veut que tous les hommes soient sauvés » (dans la 1ère lettre à Timothée 2,2-4).
Nous pouvons et devons confier à Marie toutes nos détresses et toutes nos demandes, afin qu'elle les confie à son Fils : nous sommes sûrs alors d'être toujours "ex-haussés" en recevant du Cœur de Jésus, par Notre-Dame du Sacré-Cœur, plus de courage dans l'épreuve ou la tentation, plus "d'espérance", et plus d'amour… Alors nous pourrons nous-mêmes répondre à l'amour de Dieu en "exauçant" la prière que Notre-Dame ne cesse de nous adresser : « Tout ce que vous dit mon Fils, faites-le » !

Perjean

« Une proposition du Sanctuaire d'Issoudun dédié à Notre-Dame du Sacré-Cœur, d'après un article paru dans les Annales d'Issoudun. » (les guillemets sont dans le texte).

En fait, ce qui m'a interpellé, ce n'est pas tant le titre que le fait qu'à la question posée, le signataire ne réponde pas par un OUI plus éclatant. Je ne souhaite d'ailleurs pas faire de développement sur ce qui est écrit, mais seulement dire que même si c'est théologiquement exact et de nature à nous élever spirituellement, c'est peut-être un peu alambiqué et susceptible d'amener du questionnement dans les âmes simples. J'y trouve une sorte de contradiction, une sorte de tiédeur par rapport à ce qui constitue une des particularités de la basilique du Sacré-Cœur d'Issoudun : la multitude des ex-voto qui recouvrent la presque totalité des murs et des piliers, que ce soit dans l'église elle-même, la grande chapelle Notre-Dame ou la crypte. Les Pères missionnaires et les pèlerins de ce lieu savent-ils assez qu'ils peuvent y voir un trésor de la Foi ? Oui sans doute. Ce sont des témoignages innombrables qui tous – d'une façon ou d'une autre – parlent sans détour et sans restriction du grand pouvoir de Notre-Dame du Sacré-Cœur.
On pourrait faire une étude intéressante sur le contenu de ces ex-voto. Voici le texte de quelques-uns, certains circonstanciés, d'autres parmi les plus représentatifs de l'ensemble :

A N-D du S-C
Pour la protection dont elle a couvert son fils
Zouave pontifical lors du combat de Mentana
Une mère reconnaissante – Namur Belgique - déc. 1867

Nous vous avions voué notre enfant
Vous l'avez protégé au milieu des dangers
Soyez-en bénie, nous vous le consacrons de nouveau
En l'offrant à votre divin Fils comme zouave pontifical
Conservez-le, sanctifiez-le et rendez-le nous
pour la gloire de Jésus et notre consolation
BC Château-Chinon – oct. 1867

N.D. du S.C. a protégé ma famille pendant le siège de Paris et la Commune
Issoudun – juin 1871 – Mme Bonvalet

N-D du S-C nous a préservées de l'invasion 1870-1871
Ursulines de Trévoux

Otage de la Commune, j'ai été sauvé par N-D du S-C – 1er avril - 5 mai - 17 oct 1871
Paris - F.T. Blondeau curé de N.D. de Plaisance

Consécration à Notre-Dame du S-C. pour toujours – février 1875 – Cannes

Gloire et reconnaissance à N.D.S.C. – abbé F.L. – 8 décembre 1934

A Notre-Dame du Sacré-Cœur, la ville de Saint-Junien reconnaissante des fruits d'une mission prêchée en 1878 par M. de Bosgenet V.G.

A Notre-Dame du Sacré-Cœur la ville d'Ussel reconnaissante pour les heureux fruits d'une mission de Carême et de jubilé prêchée par M. de Bosgenet en 1879

A N-D du Sacré-Cœur pour les nombreuses faveurs dont elle nous a comblés
Plusieurs associés de Québec Canada - juin1866

A N-D du S-C et à Saint Joseph ami du S-C – pour une guérison miraculeuse
Limoges – 31 mars 1871 – A.F.

Amour et reconnaissance à la souveraine du Cœur de Jésus
Une mère pour la guérison de son enfant
MD - Lorient - juin 1887

Merci à N-D du S-C et à Mgr Verjus (8) de m'avoir guérie
J. Renaulleau 21-11-1932

Ne désespérez jamais – elle est toute puissante – Gramat – décembre 1934

Reconnaissance et merci à N.D.S.C. pour grâces obtenues – C.T.

Deux faveurs demandées le 8 décembre par l'intercession de N-D du S-C.
Elles ont été exaucées – Issoudun – déc. 1871 – M.L.

A Notre-Dame du Sacré-Cœur – Vous m'avez exaucée – Veillez toujours sur nous
F. Duthoit – Le Cateau – Août 1870

N-D du S-C m'a accordé une grande faveur le jour de son couronnement
Sailly-s-la Lys – H.D.- 8 sept 1870

Amour et reconnaissance à Notre-Dame du Sacré-Cœur
Me Lesort - Bellevue – Avril 1870

Que N-D du Sacré-Cœur soit à jamais bénie – elle a séché nos larmes
B.P.M. Kamocki - Montdidier – Avril 1870

A Marie Immaculée, Reine du Cœur de Jésus – reconnaissance amour et gloire
Fontgombault - oct. 1866

Tu nous tendis une main tutélaire
Et sur ces flots où nous allions périr
Tu t'inclinas vers nous comme une tendre mère
Reine du Sacré-Cœur laisse-nous t'en bénir
H.J.  U.J.
Villefranche Aveyron 30 mai 1867

Divine mère N-D du S-C
Qu'Albert et Marguerite soient unis dans votre amour
LB Paris novembre 1867

Par Vous O N-D du S-C
Tous mes vœux sont comblés
L'abbé P.
Beaune 25 janv. 1870

N-D du S-C
Force des faibles, étoile qui illuminez :
Fortifiez, éclairez, fixez un pauvre cœur
Belgique 17 oct. 1872

Deux faveurs demandées le 8 déc.
Par l'intercession de N-D du S-C
Elles ont été exaucées
Issoudun - déc. 1874

N-D du S-C nous a préservés d'un incendie
Prince Godefroi de la Tour d'Auvergne Lauraguais
Bourges - 25 juil. 1872

A N-D du S-C
Nous devons à son intercession une conversion éclatante
Jauche Belg. déc. 1869

Grâce soit rendue à Marie
Elle a exaucé ma prière
Bavière - 1876 - Une E de M (Enfant de Marie)

Ô N-D du S-C
Régnez sur nous afin que toujours nos cœurs soient à Jésus
A.C. Bourges 17 nov. 1867

In tribulatione
Exaudisti nos ô Domina
A sacratissimo corde Jesu, sis semper
Nobis Mater clemens et propitia
Albertus Maria Conj. 1871

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La basilique du Sacré-Cœur à Issoudun
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Chapelle de Notre-Dame du Sacré-Coeur

Le cloître : l'endroit où le Père Chevalier eut l'intuition
du titre de Notre-Dame du Sacré-Cœur
                    (photos J.F. Reille)
Certes, la prière permet aux hommes de recevoir plus de courage, plus d'espérance, plus de foi. Elle les aide à se conformer à ce que Dieu attend d'eux. Mais ce que disent le plus souvent les ex-voto, c'est autre chose, c'est que le pouvoir de Marie leur a permis d'être exaucés au sens concret du terme (sans guillemets). Et si l'on veut faire silence sur ce que peut l'intercession de Marie auprès du Cœur de Jésus, paraphrasant Saint Luc (19, 37-40), non pas les pierres, mais le marbre criera. Il nous dira la Gloire de Dieu et le pouvoir de la Sainte Vierge, non seulement par rapport à la vie spirituelle, mais aussi pour la protection des hommes contre les aléas de l'existence.

Eclairage qui nous vient du Père Chevalier.

Pour répondre d'une autre manière à la question posée par le Perjean, il paraît bien souhaitable de donner la parole aux fondateurs de la dévotion à Notre-Dame du Sacré-Cœur, et d'abord au premier d'entre eux, le Père Jules Chevalier. On peut constater que celui-ci ne voyait aucun inconvénient à parler du pouvoir de Marie, car dans son livre sur l'Histoire d'Issoudun, il fait clairement le lien avec Notre-Dame du Grand Pouvoir. Je cite :
 « Les archives des Ursulines de Périgueux affirment que le culte de Notre-Dame du Grand-Pouvoir eut, dans l'institut de sainte Ursule, son berceau au monastère d'Issoudun, que cette dévotion se répandit rapidement en France, dans toutes leurs maisons. (…) Qui a droit à la priorité ? Est-ce Issoudun ? Est-ce Châteauroux ? Il est probable que les deux monastères eurent la même inspiration.
Quoi qu'il en soit, c'est l'aurore, le prélude de la dévotion à Notre-Dame du Sacré-Cœur qui, deux siècles plus tard, prit naissance à Issoudun, cette ville si privilégiée de Marie.
En effet, Notre-Dame du Grand-Pouvoir est un bien beau titre ; mais ce titre, si beau qu'il soit, ne dit pas d'où vient ce grand pouvoir donné à la Reine du ciel et de la terre, ni de quelle source il procède. La pieuse Ursuline d'Issoudun en avait cependant comme l'intuition, puisque, dans ses prières, au pied des autels, elle conjurait Marie « d'obtenir du Cœur miséricordieux de Jésus la conversion des pécheurs, etc. » ; elle désignait par là que ce divin Cœur était le trésor mystérieux de toutes les grâces où la très sainte Vierge devait aller les puiser pour les répandre sur la terre. Ce que le nom de Notre-Dame du Grand-Pouvoir ne fait pas connaître, celui de Notre-Dame du Sacré-Cœur l'exprime avec une clarté saisissante. » (9)
Dans son livre très bien documenté, le Père Cuskelly montre comment le Père Piperon fut l'ami et le collaborateur humble et dévoué du Père Chevalier, sans doute celui qui a le mieux compris son œuvre. Le Père Piperon (10) a écrit un livre sur le Père Chevalier, dont j'extrais ce passage :
« Que se proposait le P. Chevalier en nommant ainsi l'auguste Vierge ?
1° de remercier et de glorifier Dieu d'avoir choisi Marie entre toutes les créatures pour former dans son sein et de sa plus pure substance le Cœur adorable de Jésus ;
2° d'honorer plus particulièrement les sentiments d'amour, d'obéissance et de respect filial que Jésus a nourris dans son Cœur pour sa très sainte Mère ;
3° de reconnaître par un titre spécial qui résume tous les autres, la puissance qu'Il Lui a donnée sur son divin Cœur ;
4° de conjurer cette Vierge sainte de nous conduire elle-même au Cœur sacré de son Fils, de nous ouvrir les trésors de grâces qu'il renferme et de nous faire puiser plus abondamment à cette source sacrée ;
5° de réparer avec Notre-Dame du Sacré-Cœur et par Elle les outrages que reçoit le Cœur sacré de Jésus, et de le consoler dans ses tristesses et ses amertumes par une vie plus édifiante ;
6° de confier à Notre-Dame du Sacré-Cœur le succès de toutes les causes difficiles, extrêmes et désespérées, tant dans l'ordre spirituel que dans l'ordre temporel. »
La prière du « Souviens-Toi », qui a remplacé – pour ceux qui le souhaitent – le « Souvenez-Vous » vers 1970, semble bien timide par rapport au pouvoir de Marie. Le « Souvenez-Vous » a été composé par le Père Chevalier. Ce sont l'une et l'autre de belles prières. Les voici :

Souvenez-Vous, ô Notre-Dame du Sacré-Cœur,
de l'ineffable pouvoir que Votre divin Fils vous a donné sur son Cœur adorable.
Plein de confiance en Vos mérites, nous venons implorer Votre protection.
Ô céleste trésorière du Cœur du Jésus, de ce Cœur qui est la source intarissable de toute les grâces, et que vous pouvez ouvrir à Votre gré pour répandre sur le monde tous les trésors d'Amour et de Miséricorde, de lumière et de Salut qu'il renferme, accordez-nous, nous vous en supplions, la faveur (…) que nous sollicitons.
Non, nous ne pouvons essuyer de refus, et, puisque Vous êtes notre Mère, ô Notre-Dame du Sacré-Cœur, accueillez favorablement nos prières et daignez les exaucer.
Ainsi soit-il !

Souviens-Toi, Notre-Dame du Sacré-Cœur, des merveilles que fit pour Toi le Seigneur !
Il t'a choisie pour Mère et te voulut près de sa Croix ;
Il te fait partager sa Gloire ; il écoute ta prière.
Offre-lui nos louanges et nos actions de grâces ;
Présente-lui nos demandes (…).
Fais-nous vivre comme toi dans l'amour de ton fils, pour que son Règne vienne !
Conduis tous les hommes à la source d'eau vive qui jaillit de son Cœur,
Répandant sur le monde l'espoir et le salut, la justice et la paix.
Vois notre confiance, réponds à notre appel,
Et montre-toi toujours notre Mère ! Amen.

En ce qui concerne le culte de la Sainte Vierge, nous n'entendons pas nier que des exagérations eurent lieu ici ou là. A vrai dire, elles procédaient de la foi des chrétiens, foi enthousiaste et pas forcément regardante sur les détails de la théologie. En 1869, lors du couronnement de la statue de Notre-Dame qu'il accomplit au nom du Pape, l'Archevêque de Bourges, Mgr de la Tour d'Auvergne, répondait à cette question, sans rien retirer au pouvoir de Marie :
 « Sans doute, nous n'entendons pas attribuer à Marie sur le Cœur du Fils de Dieu un pouvoir absolu, irrésistible, qui ne pourrait se concilier, ni avec sa condition de créature, ni avec la dignité de son divin Fils, ni, par conséquent, avec les notions de la saine théologie : nous entendons simplement parler de cette supplication, comme disent les saints docteurs, omnipotentia supplex, à laquelle Notre Seigneur ne refuse rien ; qui donne à Marie sur le Cœur de Jésus un crédit incontestable, un pouvoir dont il n'est pas plus possible de nier l'existence, que d'en méconnaître l'étendue ou le fondement. » (11)

Habitant non loin d'Issoudun, j'ai connu dans les années cinquante les pèlerinages du 8 septembre à Notre-Dame du Sacré-Cœur, alors qu'ils accueillaient encore la foule des pèlerins venus de toute la France, les trains supplémentaires mis à disposition par la S.N.C.F., les cars innombrables que la ville ne pouvait contenir, la basilique et le vaste parc attenant où l'on peinait à trouver des places – même debout – pour la messe, les processions avec les bannières, la file impressionnante des prêtres et des sœurs. A midi, des centaines de familles se répandaient dans les allées herbeuses et ombragées du parc pour pique-niquer, ce qui faisait la joie des petits enfants. Le Cardinal Lefebvre présidait alors aux destinées du diocèse.
Années après années, j'ai constaté la lente diminution du nombre de fidèles, les changements dans la présentation de la foi, l'éloignement des habitants d'Issoudun pour ce qui se passait chez les missionnaires. Si les pèlerinages ponctuels sont nombreux dans l'année, une petite partie du parc suffit maintenant pour accueillir les pèlerins lors de la fête du 8 septembre, décalée au samedi précédant (cette année le 1er septembre !).
De nos jours, 2000 missionnaires du Sacré-Cœur d'Issoudun sont présents dans 56 pays (300 diocèses desservis dont une cinquantaine créés par eux-mêmes). Avec les communautés de Sœurs, ce sont 5000 personnes qui reconnaissent le Père Chevalier comme leur fondateur spirituel.
Le peuple d'Issoudun est redevenu ce qu'il était avant l'arrivée du Père Chevalier en 1854. L'indifférence domine envers l'œuvre de Notre-Dame du Sacré-Cœur.

En conclusion, voici une citation du Père Chevalier  (12):
 (...) Le culte de Marie devint populaire dans la cité et s'est maintenu jusqu'à nos jours. Les habitants avaient reçu tant de preuves de ses bienfaits qu'ils l'honorèrent sous le titre de Notre-Dame du Grand-Pouvoir. Mais d'où lui venait ce grand pouvoir ? Evidemment du Cœur de son divin Fils qui est la source de toutes les grâces qui s'épanchent sur le monde : Cor Jesu fons omnium gratiarum. Aussi voyons-nous la dévotion au Sacré-Cœur s'établir dès son origine à Issoudun par les pieuses Visitandines. (…)
Destinant cette ville à devenir le berceau d'une œuvre répandue, à cette heure, dans le monde entier, il devait la préparer de loin à cette belle et glorieuse mission. (…) Ce nom glorieux de Notre-Dame du Sacré-Cœur nous dit que c'est par son intercession toute-puissante que le Cœur du Sauveur nous est ouvert, et que c'est par ses mains virginales que les précieuses faveurs de ce Cœur sacré arrivent jusqu'à nous. Ce nom, tout embaumé des parfums du ciel, inspire la confiance la plus illimitée et relève le courage le plus abattu, parce qu'il nous dit que Celle qui le porte a un immense pouvoir sur le Cœur de son Fils, qu'elle possède la clef de ses divins trésors, qu'elle sauve tous ceux qu'elle protège, et qu'elle sait faire triompher toutes les causes qui lui sont confiées, les plus délicates comme les plus désespérées.(…)
Ces grandes et solennelles assemblées d'évêques et de prêtres, présidées au moyen âge par les légats du Pape, sous le regard de Notre-Dame d'Issoudun, n'étaient que le prélude de ces fêtes splendides qui, naguère, se tenaient dans nos murs. Qui ne se rappelle la consécration de notre église au Sacré-Cœur, par le Cardinal de Paris, Mgr Guibert, alors archevêque de Tours, le 2 juillet 1864, où assistaient presque tous les successeurs de ces anciens prélats, réunis en concile dans l'abbaye issoldunoise ? Qui ne se rappelle le couronnement de Notre-Dame du Sacré-Cœur, où Monseigneur de La Tour d'Auvergne, environné de quinze évêques et de cinq cents prêtres, fut désigné par le Souverain-Pontife Pie IX, pour être son légat dans cette imposante et magnifique cérémonie ?
Qui ne se rappelle l'incomparable pèlerinage de 1873, formé, pour ainsi dire, des représentants de tous les peuples de l'Eglise, et où se trouvaient dix évêques et abbés mitrés, six cents prêtres et trente mille étrangers (habitants ailleurs qu'à Issoudun), parcourant la cité sous des dômes de feuillages, des arcs de triomphe, le chapelet à la main et la prière sur les lèvres ; l'enthousiasme était à son comble.

Le Saint-Siège vient de donner son agrément à l'Archevêque de Bourges pour l'ouverture de l'enquête diocésaine en vue de la béatification du Père Jules Chevalier. Nul doute que ce grand serviteur de Dieu soit toujours présent pour aider notre Eglise à grandir dans la Foi.

-1- Mgr Philibert de Brichanteau et son frère Nicolas étaient en indivision seigneurs de Meillant, terre qu'ils tenaient de leur mère Antoinette de La Rochefoucauld, mariée à Antoine de Brichanteau.

-2- Pour le récit de cette installation : Archives dép. de l'Indre – Réf. H 904.

-3- Document transmis par le Père Eric Vinçon, alors Curé de Sainte-Marie de Déols, de la part du Directeur des Archives diocésaines de Bourges. Je les en remercie.

-4- D'après une lettre pastorale en vente sur Internet.

-5- Date donnée par le Père Piperon dans son livre « le T.R.P. Jules Chevalier » p. 47. Le Père Cuskelly donne 1857  dans son livre « Jules Chevalier, l'homme et sa mission » -1977, p. 33.

-6- Objet de la dévotion à Notre-Dame du Sacré-Cœur, dans les statuts de l'Association des Missionnaires du Sacré-Cœur.

-7- Voir le livre du Père Cuskelly : « Jules Chevalier, l'homme et sa mission » p. 160 – 1975.

-8- Mgr Henri Verjus, missionnaire du Sacré-Cœur en Nouvelle-Guinée, dont la cause en béatification a été introduite en 1949.

-9- « Histoire religieuse d'Issoudun » par le R.Père Jules Chevalier – 1899.

-10- Le Père Piperon a aussi écrit un livre intitulé : « le Pouvoir de Notre-Dame du Sacré-Cœur prouvé par des faits » 1903 – réédité en 2004 par les « Expéditions pamphiliennes ».

-11- Extrait de « Histoire des pèlerinages » par Louis Leroy. Tome 2 p.486. – 1874.

-12- Dans son livre sur l'Histoire d'Issoudun, p. 386.

 

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